Soixante ans après la création du statut des personnels hospitalo-universitaires, celui-ci suscite des interrogations. Depuis 1958, le choix de la carrière hospitalo-universitaire par les éléments les plus prometteurs de leur génération a contribué significativement à l’accroissement de la qualité des soins, à l’excellence de la recherche et à la diffusion de la formation. Cependant, les souplesses ouvertes par le statut ne suffisent plus aujourd’hui à masquer les difficultés d’exercice professionnel de ces personnels, les plus jeunes hésitant désormais à s’engager dans cette carrière. Au niveau individuel, l’exercice à haut niveau des trois missions est aujourd’hui présenté comme illusoire, la réalité pratique étant souvent celle d’une bispécialisation, voire d’une mono-spécialisation. Certains hospitalo-universitaires publient peu, voire pas du tout, et sont de fait des cliniciens enseignants, quand d’autres ne font que de la recherche et quasiment plus de soins ni d’enseignement. Certains professeurs de médecine ont pu faire état de séquences successives au cours de leur carrière : d’abord chercheurs, puis plutôt enseignants et cliniciens. Au-delà des trois missions inscrites dans la loi, deux catégories d’activité se sont ajoutées au fil du temps. La première concerne le management des services ou des pôles, ou des fonctions de représentation au sein de l’établissement ou de l’université, la seconde, complémentaire de la première, des activités annexes comme l’expertise auprès d’institutions publiques ou la participation à des groupes de travail réunissant différents acteurs du champ de la santé. Cette hétérogénéité des pratiques est le plus souvent présentée positivement, car elle permet une souplesse qui est appréciée par les personnels hospitalo-universitaires. Elle met cependant les établissements hospitaliers dans l’incapacité de quantifier le temps médical affecté à chacune des missions, à établir leurs coûts analytiques et à rapprocher de ces coûts les recettes MERRI. Or, la nécessité juridique de connaître les coûts de la recherche et de l’enseignement, notamment au regard du droit communautaire, implique une meilleure connaissance de la répartition effective du temps médical hospitalo-universitaire. Enfin l’exercice professionnel des personnels hospitalo-universitaires apparaît peu évalué alors que les textes en vigueur le prévoient. Même si l’administration fait valoir qu’elle n’a pas constaté, au cours de ces dernières années, de baisse d’attractivité dans les recrutements au regard du nombre de postes qui ne seraient pas pourvus, les candidats aux fonctions hospitalo-universitaires perçoivent une dégradation des conditions d’exercice dans les CHU, tenant aux difficultés hospitalières, aux tensions financières et sociales, à l’accès plus difficile aux équipements de pointe, aux postes vacants, à la lourdeur de la gestion, au poids croissant des tâches administratives dans un contexte de financement à l’activité et d’exigences accrues de performance. Au-delà des initiatives locales, attirer les plus hauts potentiels implique désormais d’adapter la pratique de la triple mission.