Une grosse tendance de 2016 a été la quasi-omniprésence d’une islamophobie politique : de l’extrême droite à la gauche, on a pu observer la capacité de courants politiques très différents à produire des discours visant et problématisant les musulman-e-s, sur un mode identitaire, sécuritaire ou faussement égalitaire, en ayant recours notamment à des usages dévoyés de la laïcité, du féminisme ou de la liberté d’expression. La ministre en charge du droit des femmes, Laurence Rossignol, en a donné un exemple édifiant en comparant les femmes voilées, qu’elle considère comme des « militantes politiques », à des « nègres américains qui soutenaient l’esclavage ». Comment dès lors s’étonner que celles-ci soient visés par des violences et des discriminations, alors même qu’elles sont désignées comme cibles par celle-là même qui a la charge de veiller au respect des droits de toutes les femmes, y compris celles qui auraient fait des choix, vestimentaires et/ou religieux, différents des siens. La culmination de cette expression politique de l’islamophobie a pris un tour aussi grave que grotesque à travers les polémiques autour du « burkini » durant l’été 2016 : Initiée par quelques maires Les Républicains soucieux de se signaler auprès d’un électorat très réceptif à des questions identitaires, la polémique a vite été reprise par des courants aussi divers que le Front National, les groupuscules identitaires et au sein d’une mouvance se revendiquant de gauche laïque, suscitant même le soutien de Manuel Valls, alors premier ministre, qui ne manque jamais une occasion de dire tout le bien qu’il pense des femmes musulmanes portant un foulard. Après des dizaines de verbalisation, des scènes surréalistes où des policiers intimaient l’ordre à des femmes musulmanes de se déshabiller, des cas de vives tensions où des familles était prises à partie, il a fallu que le CCIF et la LDH interviennent juridiquement et systématiquement, allant jusqu’au Conseil d’Etat, pour que le pays revienne à la raison : celle du droit. Cet épisode a donné lieu à une réprobation massive de la part de l’opinion internationale, confrontée à ce que l’islamophobie pouvait, en France, revêtir de plus ignorant et de plus antinomique, en matière de respect des droits et des libertés fondamentales. C’est seulement lorsque le Conseil d’Etat a rendu sa décision, réaffirmant les libertés individuelles et rendant la pleine et ridicule mesure des arguments fournis par les municipalités, en faveur des « arrêtés burkinis », que la polémique a commencé à décroitre, après un été gâché et tant d’humiliations inutiles, pour des centaines de femmes.